Depuis le mois de mai 2008, l’équipe du bureau de la traduction du gouvernement territorial a doublé. Deux jeunes traducteurs se sont joints au traducteur principal et à la vérificatrice qui travaillaient en duo depuis des années. Maryse Perraud qui révise les textes des traducteurs s’est senti allégée de cet apport de sang frais au sein de son équipe surchargée de travail. Tranquillisée par les performances des recrues, elle a décidé de prendre sa retraite au mois de décembre 2008. Après une carrière à toujours chercher le mot juste, Mme Perraud quittera le Nord et s’installera en Colombie-Britannique pour se rapprocher de ses petites filles qui parlent anglais et espagnol, et bientôt beaucoup de français.
Originaire de Dijon en Bourgogne, Maryse Perraud s’est laissée charmer par les grands espaces et la taille de la première ville ténoise. « À l’époque, Yellowknife était déjà développée, je la voyais comme une petite ville moderne et je n’avais pas de problème à venir ici alors que mon mari était transféré ici de Frobisher Bay (Iqaluit) ». Maryse explique ne jamais avoir regretté son choix de s’établir à Yellowknife autant pour elle que pour sa famille. Dans son travail, les choses ont beaucoup évolué depuis qu’elle est devenue fonctionnaire du gouvernement territorial. « Les ordinateurs ont bien changé depuis 20 ans. Maintenant nous utilisons énormément l’accès aux ressources électroniques. Comme exemple, il y a la base de données de la traduction du gouvernement fédéral, Termium. Auparavant, les mises à jour nous parvenaient par disquettes et cela quelques mois après qu’elles étaient élaborées. Maintenant nous avons un accès direct en tout temps. » La vérificatrice se réjouit également de pouvoir utiliser un logiciel comme MultiTrans, qui lui permet de soumettre un texte à traduire et de savoir automatiquement si un document semblable a déjà été transcrit. « Ce sont des outils qui nous font gagner beaucoup de temps, car si un paragraphe est similaire à la nouvelle version, nous avons déjà une base, et il nous reste à améliorer les textes. L’accès en ligne à toutes les lois est très pratique aussi, car beaucoup de nos traductions se rapportent aux lois territoriales ou fédérales qui ne sont même plus publiées en livre, je pense. »
Lorsqu’elle quittera son bureau le 17 décembre, Maryse Perraud pense que la technologie va prendre encore plus de place. « Avec moi, partira ce vieux Macintosh que j’utilise depuis des lustres. Et dans l’avenir, peut-être aura-t-on accès à des logiciels de traduction instantanée! Qui sait! Sauf qu’il faudrait éviter les fautes du genre Made in Turkey : Fait en Dinde, qui se retrouvent beaucoup dans les traductions automatiques.» Elle ajoute que pour elle, l’important d’une traduction c’est que le message soit clair, que la personne qui lise comprenne l’information. Maryse Perraud note que son travail de traduction est dirigé vers le public, ce qui est bien différent de la traduction d’un livre qui est une œuvre artistique. « 85 % de la traduction effectuée à Yellowknife est dirigée du français vers l’anglais », analyse-t-elle. Après toutes ces années, elle dénote encore des réserves quant à la volonté de tout traduire. « Tout ce qui touche le public est essentiel, tous les services, les brochures, l’Assemblée législative, le secteur de la santé au complet devraient être traduits. Mais traduire systématiquement d’énormes études que personne ne va lire est une perte de temps. Ce que nous favorisons maintenant, c’est de traduire des résumés et de traduire au besoin. Si un organisme ou un individu requiert plus d’informations sur une partie d’un document, alors on le traduit.»
Au bureau de Yellowknife c’est l’équipe qui compte, et pas nécessairement l’individu. « Nous avons eu beaucoup de mal à trouver des traducteurs qui voulaient s’installer dans le Nord. On travaillait beaucoup avec des pigistes : un à Vancouver, un à Edmonton et deux à Montréal. Pour intégrer des nouvelles recrues, l’esprit d’équipe et l’expérience à travailler au sein d’un groupe étaient essentiels. Les traducteurs autonomes sont souvent moins à l’aise à se faire réviser. Ici, lorsque l’on a une phrase qui nous bloque, on peut faire un remue-méninges et trouver ensemble des solutions », déclare Mme Perraud en ajoutant que ce bureau plein de dynamisme va très bien se débrouiller sans elle.