Hier, 23 juin, et aujourd’hui, dimanche, jour de la St-Jean-Baptiste, des pensées se sont bousculées dans mon esprit sur l’essence et l’historique de cette fête.
Depuis plusieurs années, je ne vais plus aux gros concerts de la St-Jean pour une raison de logistique : j’ai habité Yellowknife pendant 16 ans. Depuis mon retour, je n’ai pas eu l’occasion d’assister l’an dernier, étant en déplacement hors Québec. Cette année, une amie m’a appelée pour aller voir comment les choses se passaient. Nous sommes donc allées casser la croûte et ensuite, sommes allées déambuler sur les Plaines.
Des marées de gens déferlaient vers les Plaines. On sentait la clameur monter au fur et à mesure que le concert approchait.
Je dois vous avouer que maintenant, j’ai un peu peur de ces grandes foules si bruyantes et si désordonnées. Je crois que ce sont les cris de mort poussés par certains qui m’énervent le plus.
Nous ne sommes donc pas restées au concert comme tel. Nous voulions tout simplement aller tâter le pouls pendant un moment, ce que nous avons fait. Et je pensais à d’autres St-Jean-Baptiste.
Je pensais au grand défilé qu’il y avait eu sur la rue Sherbrooke, après Meech, et dont j’étais. Des milliers et des milliers de personnes unies par en sentiment politique fort.
Je pensais au spectacle sur la montagne, il y a une vingtaine d’années, où les voix se sont unies pour chanter le Québec, et auquel je participais. D’ailleurs, j’avais perdu les gens avec qui j’étais venue.
Je pensais aux défilés sur la rue Sherbrooke, au début des années 70, auquel participait Trudeau, et où les choses avaient dégénéré en émeute. Après quoi, les défilés avaient été défendus pendant quelques années.
Je pensais aux St-Jean-Baptiste de mon enfance, avec le petit St-Jean-Baptiste tout frisé, avec son mouton, ses quelques chars allégoriques et une présence religieuse bien marquée.
Et je me disais que j’étais d’accord avec l’analyse selon laquelle la St-Jean-Baptiste avait d’abord et avant tout été une fête religieuse, pour devenir ensuite une fête à connotation politique nationaliste bien marquée, pour finalement devenir ce qu’elle est devenue aujourd’hui, une fête de la musique.
De grands concerts étaient organisés partout au Québec pour célébrer la fête. Les Québécois se rassemblent en grands nombres pour aller écouter leurs idoles de la musique. Et ça fête jusqu’aux petites heures du mat. Le groupe Kain devait jouer hier jusque vers trois heures du mat. Et bien sûr, plusieurs fêtards sont restés jusqu’au petit matin. Vers 8 heures, je suis allée déjeuner dans le Vieux-Québec qui était très achalandé par rapport à ce qu’il est d’habitude. Des dizaines et des dizaines de jeunes qui n’avaient pas encore dormi célébraient encore, après une nuit blanche bien arrosée et surtout, bien musicale. Après tout, n’est-ce pas aujourd’hui, la St-Jean?
Et enfin, je repensais à certaines fêtes de la St-Jean célébrées à Yellowknife, au lac Long, où nous attendions minuit pour allumer le fameux feu de la St-Jean, et dont les flammes ne réussissaient pas à nous faire oublier le soleil de minuit. Ces longues nuits ensoleillées, près du lac d’un calme imposant, où les hauts-parleurs nous crachaient de joyeuses musiques francophones, et où les danseurs s’ébattaient sans répit dans le sable et à travers les moustiques de ce début d’été. Je voyais ceux qui comme moi, décidaient de passer la nuit là, leurs tentes montées, prêtes à les accueillir quand ils seraient prêts. Je revoyais les barbecues fumants, odorants, qui attendaient les enfants affamés et excités, de retour de la baignade. Et j’ai eu la nostalgie. Les grands concerts sont loin de venir me chercher comme l’ont fait ces belles soirées ponctuées du décollage et de l’atterrissage des avions. Et encore une fois, je suis ébahie à quel point le Nord m’a marquée et fait maintenant partie intégrante de mon paysage intérieur. Toujours, et inlassablement, je suis portée à faire la comparaison avec Yellowknife. Et souvent, le Nord l’emporte. Les souvenirs heureux prennent maintenant le pas sur ceux qui l’ont moins été, et c’est avec plaisir et nostalgie que je m’y complais.
ous avez eu l’occasion de célébrer la fête des Autochtones, qui correspond à la St-Jean. J’espère que vous en aurez bien profité, et c’est avec un peu de retard que je souhaite aux Autochtones une bonne fête, en espérant qu’avec le temps, elle prenne autant d’ampleur qu’en a pris la St-Jean ici, au Québec.
La St-Jean est là, l’été s’installe. Je vous souhaite un bel été.