Il y a un an, Mylène Archambault se trouvait à Giròn, un petit village d’Équateur. Caméra au poing, elle et deux de ses amies enregistraient les témoignages des habitants dans le but de réaliser un documentaire. Le sujet ? Celui qui touche toutes les familles équatoriennes : l’émigration.
En Équateur, l’émigration c’est la deuxième source de revenus après le pétrole », explique la jeune journaliste qui a elle-même migré à Yellowknife en mars dernier. C’est par millier que les Équatoriens quittent chaque année leur pays en direction des États-Unis à la recherche d’un meilleur avenir. La plupart ne reviennent jamais.
Plus spécifiquement, Aller simple – c’est le nom du film – traite de l’impact qu’a sur les enfants de Giròn cette véritable hémorragie migratoire qui frappe le pays. Nombreuses sont les familles qui sont brisés par le départ soudain d’un proche parti tenter sa chance plus au nord. « Il y a des enfants dont les deux parents sont partis quand ils n’avaient qu’un an. Ils ne les connaîtront jamais », raconte Mylène Archambault.
Au travers des témoignages de travailleurs sociaux, de membres du clergé et de migrants, on découvre la dynamique du grand voyage et ses effets sur la communauté qui reste au pays. Mais c’est en écoutant ce que les enfants eux-mêmes ont à dire que l’on se rapproche le plus d’une certaine compréhension du phénomène. Certains se disent reconnaissants envers leurs parents qui ont pris le risque de les quitter pour pouvoir leur envoyer un peu d’argent tous les mois. D’autres sont fâchés d’avoir été abandonnés. Plusieurs pensent à migrer eux aussi.
« On a aussi vu des impacts positifs, ajoute la vidéaste. Il y a plus d’argent dans les familles. Mais d’un autre côté ça crée des besoins qui étaient inexistants avant ça. Les gens veulent des quatre-roues, des iPod, etc. »
Cette histoire peut vous sembler bien lointaine, mais peut-être pas tant que ça. Mylène Archambault raconte avoir récemment présenté son documentaire à une classe d’immersion de l’école St-Joseph. « J’ai demandé aux enfants combien d’entre eux étaient nés à Yellowknife. Il y en a eu quatre ou cinq qui ont levé la main. »
Ne vous vient-il pas, vous aussi, cette drôle d’envie de fredonner une chanson de Manu Chao ? En una ciùdad del Norte yo me fui a trabajar… * * * * *
Le documentaire Aller Simple de Mylène Archambault, Julie Corbeille et Julie Carlesso sera projeté à l’Association franco-culturelle de Yellownife, le 10 mai, à 17 h, dans le cadre des Jeudis en français.