Jusqu’au 27 avril, un demi-millier de militaires canadiens sont déployés dans la vallée du Mackenzie à l’occasion de « l’Opération Narwhal », un exercice annuel qui vise à tester la capacité de réponse de l’armée dans le Nord canadien. Alors qu’en 2006 l’exercice n’avait pas impliqué de troupes sur le terrain, cette année on fait davantage dans le concret. La Défense nationale devra répondre simultanément à deux catastrophes simulées : une attaque terroriste contre les installations pétrolières de Norman Wells et un important accident aérien dans le delta du Mackenzie.
Environ la moitié des militaires dépêchés dans la vallée du Mackenzie pour l’Opération Narwhal, proviennent de bases militaires de l’Ontario et des Maritimes.
Étant donné qu’il s’agit de simulations, la population n’a pas à craindre pour sa sécurité. Il n’est pas même question d’allumer des feux. « L’objectif de cet exercice c’est vraiment de coordonner nos communications avec les autres corps de sécurité, la GRC entre autres », explique le brigadiergénéral Chris Whitecross qui dirige les opérations. Le commandement de Yellowknife sera également en communication avec Sécurité publique Canada, le Comité d’intervention d’urgence des Territoires du Nord-Ouest et avec les sociétés privées Enbridge Pipelines et Imperial Oil. « Notre travail consiste à apprendre à travailler ensemble, peu importe le scénario », renchérit le major Marc Beauchemin de la Force opérationnelle interarmées du Nord.
Mais le grand chef du Deh Cho, Herb Norwegian, ne le voit pas de la même manière. Le 13 avril, Norwegian a dénoncé ce qu’il considère être un affront à la souveraineté de son peuple sur son territoire ancestral. « L’Opération Narwhal n’est peut-être qu’un exercice bidon pour les Forces canadiennes, mais pour nous c’est un affront à notre terre et à nos droits. En fait, je pense qu’on pourrait interpréter cela comme un acte d’intimidation de la part du gouvernement canadien à l’égard du Deh Cho », a-t-il déclaré.
Une quarantaine de militaires sont attendus à Fort Simpson, le chef-lieu du Deh Cho, afin de sécuriser l’aéroport en lien avec la fausse attaque terroriste.
Le grand chef qui qualifie l’exercice militaire de « guerre psychologique », affirme ne pas avoir été consulté, ni même averti, dans la préparation de l’Opération et estime que les soldats « ne seront pas les bienvenus à Fort Simpson ». Il ajoute avoir l’impression que le gouvernement canadien « utilise l’excuse du terrorisme pour faire flotter son drapeau sur nos terres ».
Les relations entre les Premières nations du Deh Cho et le gouvernement fédéral sont depuis longtemps tendues. Les Deh Cho refusent d’autoriser la construction du gazoduc du Mackenzie, dont 40 % du tracé est situé sur les terres qu’ils revendiquent, tant que le gouvernement fédéral ne mettra pas en application le Plan d’aménagement du territoire Deh Cho, un document élaboré par les Premières nations qui consacre la primauté de l’autorité Deh Cho sur ce territoire et assure la protection de plus de la moitié de ces terres. Dans le passé, le bouillant chef Norwegian a déjà insinué qu’il était prêt à recourir à la désobéissance civile, advenant que le Canada bafoue la souveraineté du territoire revendiqué par son peuple.
Le brigadier général Chris Whitecross, se dit « surpris » des déclarations du grand chef et affirme que les premières nations ont été consultées depuis le début de la planification de l’exercice, il y a deux ans. « Il y a eu de planification avec la communauté de Fort Simpson, y compris avec les Premières nations du Deh Cho, avec le maire et avec le conseil de bande », dit-elle. Celle qui commande l’Opération Narwhal n’anticipe pas de protestations de la part des résidents de Fort Simpson. Le 16 avril en après-midi, Whitedross s’est entretenue avec le grand chef Norwegian dans son bureau de Fort Simpson. La rencontre de trente minutes que Norwegian a qualifié de « cordiale » n’a pas débouché sur une déclaration commune des Premières nations du Deh Cho et de la Force opérationnelle interarmées du Nord.
À l’issue de la rencontre, Norwegian a réitéré ne pas avoir été consulté et insisté pour dire que les siens « ressentent toujours la pression psychologique de la présence [des Forces canadiennes] sur notre territoire. » Il ajoute que la préparation d’un tel exercice devrait se faire dans le cadre de négociations « de gouvernement à gouvernement ».