À Yellowknife, dans une salle comble et décorée, l’orchestre symphonique de Montréal et le public ténois ont partagé une représentation historique en ce lundi 16 avril au soir. Sous le bâton de Maestro Nagano, les œuvres des compositeurs Beethoven, Rossini et Sokolovic se sont emparées de l’attention soutenue de l’audience pour bâtir une première rencontre inoubliable.
Prenant le temps de parler aux spectateurs, Kent Nagano, a expliqué son point de vue sur la musique présentée par l’orchestre en cette soirée. Des mots simples qui permirent à chacun de comprendre le contexte historique des compositions. Qu’elles soient du XIXe siècle ou contemporaines à l’instar du concerto pour orchestre d’Ana Sokolovic, elles permettent d’exprimer une quête de liberté, où les tensions s’acheminent vers la détente.
Avec ces images en tête, le spectateur pouvait déchiffrer les émotions transmises par les déclarations d’amour contenues dans les opéras de Rossini et chantés par le contralto Marie-Nicole Lemieux. La salle était conquise aux mouvements de la 7e symphonie de Beethoven alors que le chef et ses musiciens nous transmettaient des valeurs de partage et d’accessibilité de la musique symphonique.
Des ambassadeurs culturels
En conférence, Maestro Nagano explique qu’il vient d’une petite ville de la Californie. Et que la venue d’un orchestre dans sa propre ville lui avait donné une expérience unique. « J’avais 8 ans, et l’orchestre symphonique de San Francisco est venu jouer dans le gymnase de mon école et c’est à la suite de cet événement que j’ai voulu devenir musicien. La décision de venir rencontrer une communauté comme celle des Territoires prend une dimension importante alors que nous entamons cette tournée avec l’OSM. Certes nous représentons Montréal, mais nous portons une identité canadienne dans chacun des lieux que nous visitons. Il est essentiel que la musique soit à la portée de tous et non destinée seulement à une élite ou aux grandes villes ». Sensible à son rôle d’ambassadeur, Jean-François Rivest, le chef en résidence de l’OSM, commente le côté cosmopolite d’une institution orchestrale. « Les musiciens sont des citoyens du monde. Nous jouons une musique qui vient de partout, nous diffusons un héritage culturel mondial ».
Implication appréciée
C’était la première fois qu’une formation symphonique se déplaçait aux Territoires du Nord-Ouest. Et rien n’a été mis de côté pour accueillir la centaine d’artistes talentueux de la formation montréalaise. De l’implication de la communauté à la préparation de la salle de spectacle, le Centre des arts et de la culture du Nord (NACC) a réussi à mettre en œuvre un événement qui marquera les mémoires.
Scott Baer de Red Lightning Production Ltd raconte que l’organisation d’une représentation de ce type prend une tout autre ampleur si elle se déroule à Calgary ou à Yellowknife. « Ce sont des mois de planification en plus pour s’assurer que tout l’équipement puisse être acheminé jusqu’ici. De réaménager le gymnase de cette école secondaire en salle d’opéra surpasse les accomplissements habituels. « Je sens que je fais partie de quelque chose de grand observe Tom Baker, bénévole et élève de l’école. Alors que j’installe ces fauteuils et ces tapis rouges, j’ai l’impression que ma petite contribution fait que tout cela va être une réussite. »
À l’arrivée de l’avion nolisé, des membres de la communauté ténoise étaient présents et prodiguaient un accueil chaleureux à ces nouveaux visiteurs. En français et en anglais, ce petit comité répondait aux questions des musiciens sur cette destination qu’ils ne connaissaient pas. Tous semblaient excités et heureux de pouvoir apprécier pour ces nouveaux horizons.
Les sujets s’étalaient sur le nombre d’habitants, le prix des maisons, les statuts des communautés autochtones, les places en ville, la grandeur du lac, la température et où pouvait-on déguster cet omble arctique si renommé?
Sylvain Murray un violoncelliste de Chicoutimi atteste : « c’est ma première fois dans le Nord du Canada, comme beaucoup d’entre nous. Je suis surpris que Yellowknife soit si rocheux, que ces maisons se tiennent comme posées sur ce relief. Je suis heureux de découvrir un lieu différent, de pouvoir faire d’une pierre deux coups. Nous découvrons un nouveau public en apportant la musique ailleurs que dans les grosses métropoles. »
De conclure cette belle expérience, Michael Carpenter, le directeur du personnel indique que le directeur musical M. Nagano avait insisté pour que pour cette première tournée sous sa direction se tienne au Canada.
« L’ensemble est très content d’être venu à Yellowknife. Nous comprenons les coûts supplémentaires qu’implique cette destination, mais nous avons trouvé ici une communauté qu’aucun de nous n’avait imaginé aussi chaleureuse. » Il précise ensuite que la seconde tournée prévue pourrait se tenir au Japon, une autre destination symbolique pour le Maestro.