Comme de nombreux Québécois que les ressacs de la vie ont fait échoué aux Territoires du Nord-Ouest ou ailleurs, j’ai suivi avec un brin de détachement ces élections provinciales (nationales ?) qui se sont terminées cette semaine.
En écoutant le dépouillement des votes à la radio lundi, j’imagine que je ne suis pas le seul à m’être dit « tabar… que je suis bien icitte ! » (Pour ceux qui n’ont pas suivi, les libéraux de Jean Charest forment un gouvernement fortement minoritaire : 48 sièges, contre 41 pour l’ADQ et 36 pour le Parti Québécois)
Le Québec semble s’être polarisé entre sa métropole et ses régions. D’un côté, Montréal la branchouillarde déconnectée qui devise sur l’altermondialisation en sifflant un latté équitable ; et de l’autre Québec et les régions en perpétuel repli identitaire, prêtes à brader quarante ans d’acquis sociaux pour qu’on mette du lard dans leurs beans. Triste tableau.
Mais après tout, je peux me tromper, observateur étranger que je suis. J’ai donc demandé conseil a un ami avec lequel je ne m’entends rarement, mais qui est toujours aussi intarissable quand vient le temps de papoter sur la politique. André Routhier, Québécois de Yellowknife lui aussi, ne voit pas le résultat étonnant de lundi comme un changement de cap.
« Remarque, ça fait longtemps que je n’y suis pas allé, mais je ne pense pas que le Québec ait viré à droite tout d’un coup », dit-il. « À droite au Québec, il y avait moi et cinq de mes chums », blague-t-il.
Il voit plutôt la montée de l’Action démocratique du Québec et de son chef Mario Dumont, que certains ont comparé, quoique maladroitement, à Jean-Marie Lepen, comme un vote de protestation plus qu’un endossement de son idéologie.
« Si t’étais écoeuré des référendums et que tu voulais punir [Jean] Charest, alors tu as voté ADQ », analyse celui qui se dit quand même surpris du résultat.
Simon Bérubé, ancien journaliste de L’Aquilon, qui habite aujourd’hui dans ce fief adéquiste qu’est devenue la ville de Québec, tire des conclusions similaires. « Beaucoup de ces gens n’ont pas voté pour Mario Dumont, mais bien contre André Boisclair et Jean Charest. Ces deux derniers devront sérieusement remettre en question leur manière de faire de la politique. Boisclair trop mondain, Montréalais. Il utilisait la langue de bois et peu de gens pouvaient véritablement s’y identifier. De son côté, Charest a fait preuve d’arrogance tout au long de son mandat en ignorant une majorité de la population qui était contre plusieurs de ses projets controversés », m’écrit-il entre deux cours de science politique à l’Université Laval.
Il estime que l’ADQ va déplacer le gouvernement du Québec plus à droite qu’il ne l’était sous Jean Charest. « Les ardeurs conservatrices de Jean Charest avaient été freinées par le Parti libéral du Québec à son arrivée en 1997 et il avait dû se rajuster. Le chef était plus à droite que son parti. Maintenant, l’opposition officielle est encore plus à droite. Charest pourra certainement naviguer pour ramener son parti vers la droite », prédit-il.
S’il observe candidement que le Parti Québécois « a mangé toute une râclée », il ne donne pas le séparatisme pour mort. « Il serait dangereux pour le reste du Canada de crier au triomphe tout de suite. La moindre erreur, comme le rapatriement de la Constitution, Meech, Charlottetown ou le scandale des commandites pourrait rallumer la ferveur. »
Pour ma part, j’ai bien observé que 1,7 millions de Québécois ont choisi de ne voter pour aucun parti, alors que la formation la plus populaire, les libéraux de Jean Charest, n’ont récolté que 1,3 millions de votes… Faut-il en conclure qu’aucun des partis politiques du Québec ne représente l’intérêt des Québécois. On se remonte le moral comme on peut.
En terminant, je suggère aux trois chefs québécois, qui n’ont pas fini de se chicaner avec chacun plus ou moins le tiers des sièges de l’Assemblée Nationale, de venir faire un tour aux TNO. Ils auraient intérêt à observer le fonctionnement de notre gouvernement dit « de consensus ».
Nous avons ici un gouvernement constamment minoritaire, avec des représentants aux horizons bien différents, certains venus de régions rurales plutôt homogènes et d’autres vivant dans une capitale moderne et multiculturelle. Nous avons six nations différentes et onze langues officielles… Et ça marche !