Vous, est-ce que vous savez ce que c’est la différence entre un 6-1, un 6-2 ou un 6-3 ? Et, non Alain, ce n’est pas le résultat des dernières défaites du Canadien. C’est bien plus terrible que ça.
En écoutant le superbe film Waban-Aki de la documentariste Alanis Oboomsawin, vous apprendrez que ces chiffres font référence aux différents niveaux des statuts autochtones reconnus par la loi canadienne. Selon que vous avez marié un blanc ou un « indien » et, surtout, selon votre sexe, vos enfants obtiendront une de ces cotes qui déterminent à quel point vous êtes un authentique autochtone. Et plus votre cote est grosse moins vos descendants ont de chance d’avoir des droits et plus votre peuple a de chances de disparaître sur le papier. Un génocide bureaucratique en quelque sorte.
Les Abénaquis habitent de par en par de la frontière qui sépare bien artificiellement le Québec des États-Unis. Dans leur territoire maintenant usurpé par le Roi de ci ou le gouverneur de cela, ils ont vécu sans trop de problèmes jusqu’à il y a quatre cents ans quand débutèrent « les guerres et les maladies ».
Aujourd’hui, sur la réserve d’Odanak une génération dépouillée d’elle-même s’échine à retrouver son identité. Au travers des témoignages d’artistes, de vieux, d’activistes, d’artisans et de mères de famille on découvre l’histoire et les défis de ceux à qui l’on refuse le droit d’exister.
En nous faisant pénétrer dans l’univers de ce « peuple du soleil levant », Oboomsawin, une Abénaquise elle-même, nous en apprend davantage sur ce que c’est d’être nous. Confrontés à la réalité poignante de ces gens à l’identité interdite on se sent le désir intense de célébrer nos origines avant qu’on nous les refuse.
Avec Une école sans frontière de Nadine Valcin, c’est un autre univers.
Nous voilà plongés dans la réalité de l’école Étienne-Brûlé de Toronto, école secondaire francophone profondément multi-ethnique.
Dans le style classique du documentaire, on suit le parcours de différents personnages (Patrick, Christian, Wafa, Pascaline) alors qu’ils vivent des défis communs : passer au travers d’une année d’école, obtenir un diplôme, être des adolescents.
Mais dans cette petite école où plusieurs élèves sont des réfugiés sans famille où rentrer le soir, le secondaire c’est d’abord une communauté. C’est aussi le seul milieu où l’on peut parler français dans la Ville reine
Le témoignage de ces jeunes vaut la peine d’être entendu, mais on ne peut s’empêcher de trouver condescendants ce message qu’on nous martèle ad nauseam : la situation de cette école est unique, aucune autre n’est aussi multiculturelle.
Les gens de Toronto devraient sortir de chez eux.