Quand il est à son travail, Christian Girard de Hay River aime bien écouter la radio. Sa station de choix est le 93,7 FM, la station locale de CBC Radio One, le diffuseur public de langue anglaise. Pourtant, si cela était possible, il syntoniserait probablement une autre chaîne.
« Moi, personnellement, j’aimerais ça avoir le signal de Radio-Canada. J’aimerais ça écouter la radio en français au bureau », affirme-t-il.
Même si le mandat de la société d’État stipule que le service doit être offert « partout au pays », comme tous les résidents des TNO qui habitent à l’extérieur de la capitale, Christian Girard n’a pas accès à la radio publique en français. « Ma fille va à l’école française. Ce serait bien si elle pouvait écouter la radio en français aussi », ajoute celui qui fait du bénévolat dans sa communauté en qualité de vice-président de l’association francophone locale.
À l’Association franco-culturelle de Hay River, l’agente de développement Catherine Boulanger abonde dans le même sens que Christian. « Si on avait la radio, il y a du monde qui l’écouterait, c’est sûr », s’enthousiasme-t-elle.
Si elle le pouvait, Catherine ne se gênerait pas pour faire jouer Radio-Canada dans le local de l’Association. « Comme c’est là, les bureaux sont très silencieux. Je ne suis pas pour faire jouer de la musique en anglais, on est une association francophone ! »
La présidente de l’Association des francophones de Fort Smith, Corinne Steed, estime elle aussi que la radio publique francophone serait la bienvenue dans le fief métis du sud des TNO. « Je pense que c’est une excellente idée d’avoir la radio en français. C’est un médium de communications que les gens aimeraient », dit-elle.
Corinne Steed serait particulièrement heureuse de pouvoir entendre la météo dans sa langue le matin. Relevant que la plupart des foyers francophones de sa localité sont des familles « exogames » où un parent est francophone et l’autre anglophone, elle ajoute que le simple fait d’écouter la radio offrirait davantage d’occasions aux enfants d’être en contact avec la langue française.
Pour l’instant, cependant, recevoir le signal de Radio-Canada n’est pas au centre des priorités de la communauté francophone de Fort Smith, note Corinne Steed. « Ces jours-ci nos priorités sont vraiment sur l’éducation. On cherche à avoir une école francophone. »
Le sujet est pourtant bouillant d’actualité. Le 12 mars au soir, le comité parlementaire du patrimoine canadien sera à Yellowknife pour entendre ce que les citoyens du Nord pensent des services qui leur sont offerts par Radio-Canada/CBC. Ce sera le seul arrêt du comité au nord du soixantième parallèle avant le dépôt du rapport prévu pour juin 2007.
Le greffier du comité parlementaire, Jacques Lahaie, affirme que cette rencontre est « absolument » un endroit approprié pour signaler de tels manquements au mandat de Radio-Canada. « C’est ça la raison, ça fait partie du mandat de notre comité. »
Le greffier invite d’ailleurs tous les citoyens qui le désirent à se rendre à l’Assemblée législative pour faire une présentation devant le comité. Un service d’interprétation en français sera disponible. À ce moment-ci, par contre, il n’est pas certain que l’interprétation en langues autochtones le sera également.
Les personnes que L’Aquilon a contactées à Hay River et à Fort Smith ont toutes affirmé qu’elles ne se déplaceront probablement pas à Yellowknife pour exprimer aux audiences leur désir de recevoir le signal. On évoque comme raisons un manque de financement et un délais trop court pour préparer une présentation, les associations francophones locales n’ayant été mises au courant de ces audiences que cette semaine.
La Fédération franco-ténoise devrait faire une présentation et déposer un mémoire, dont le contenu n’a pas encore été formellement dévoilé. Des discussions avec des représentants de la Fédération laissent entendre qu’il sera question du manque de services dans les communautés, de la très faible représentation des TNO et des Franco-ténois dans la programmation du diffuseur publique, ainsi que du manque d’information locale en français.
Il sera également probablement question des ententes de collaboration entre Radio-Canada et les communautés. En vertu de ces ententes, à Yellowknife et à Fort Smith, les associations sont responsables de l’entretien des équipements de retransmission pour la télévision publique.
À Hay River, l’équipement commence à se faire vieux. L’an dernier, un bris a privé la moitié du village de la télévision française pendant quelques semaines. Le morceau a finalement été réparé, mais il semble de plus en plus évident qu’il faudra en faire poser un neuf bientôt. « Des fois, l’image est neigeuse. […] D’après ce qu’on nous a dit l’équipement sera plus réparable si ça casse une autre fois », explique Catherine Boulanger qui ajoute que l’Association franco-culturelle de Hay River prévoit en ce moment mettre un budget de côté pour remplacer le vieil équipement.
Christian Girard ne sait pas si sa communauté a les moyens de se payer la radio de Radio-Canada. « Je me suis fait dire qu’à Yellowknife, ça avait pris beaucoup de temps et d’argent pour avoir la radio. »
À Yellowknife, en effet, où la radio de Radio-Canada n’est disponible que depuis 2001, il en coûte plus de 6 000 $ par an à l’Association franco-culturelle pour utiliser et entretenir une antenne qui permet aux francos de la capitale de diffuser la station communautaire CIVR Radio Taïga et de retransmettre le signal de CBUF, la Première chaîne de Radio-Canada … à Montréal. C’est ainsi que, tous les matins, les résidents de Yellowknife peuvent écouter, sans nécessairement réfréner un sourire narquois, l’état des embouteillages sur les ponts de la métropole québécoise et tout savoir du « temps glacial » qui accable les Montréalais dès que le mercure chute sous les –15 ˚C.
Jamais, évidemment, le bulletin de nouvelles « régionales » ne leur raconte ce qui se passe chez eux. Pour cela, il faut s’en remettre aux chaînes anglaises. Ou alors se contenter de l’unique émission d’informations hebdomadaire de CIVR. Les rares occasions où Radio-Canada évoque l’actualité des Territoires du Nord-Ouest se produisent quand la maison-mère dégage un budget pour envoyer un journaliste basé à Montréal faire un reportage sur le Grand Nord. Le traitement journalistique est alors du même acabit que celui réservé aux nouvelles internationales. Radio-Canada n’a pas de journalistes francophones en poste aux Territoires du Nord-Ouest ni au Nunavut, deux juridictions où le français est pourtant reconnu comme une langue officielle par le gouvernement territorial.
Christian Girard est conscient qu’il existe désormais des appareils de radio satellitaires qui lui permettraient d’écouter la radio en français et même qu’avec une soucoupe Star Choice ou ExpressVu il pourrait écouter la radio de Radio-Canada sur son téléviseur. Mais ça ne répond pas vraiment à son besoin. « Ce que je voudrais, c’est écouter la radio au bureau. »