Après le succès retentissant d’Atanarjuat, le film qui en remportant la Caméra d’or à Cannes révélait au monde entier l’existence et la poésie du cinéma Inuit, les attentes étaient élevées pour la nouvelle réalisation du duo Zaccharias Kunuk-Norman Cohn. Hélas, The journals of Knud Rasmussen n’arrive pas à égaler la marque établie par le premier opus.
Basée sur les écrits de l’ethnographe Danois Knud Rasmussen qui s’est rendu dans la communauté d’Igloolik en 1920, The journals évoque la vie des Inuit alors que le contact avec l’homme blanc et l’introduction de la foi chrétienne et de l’alphabet syllabique éloigne le peuple du Grand Nord de ses traditions.
Nimbé de fantastique inspiré des croyances shamaniques inuites – que Rasmussen qui parlait la langue inuktitut a longuement documenté – l’histoire bouleverse. Il est troublant de voir le Shaman Avva (magnifique Pakak Innuksuk) lutter pour préserver ses traditions et refuser, au péril de mourir de faim, la conversion. On suit aussi sa fille Apak (Leah Angutimarik) qui « fait l’amour avec un mort », son ex-mari assassiné par son nouvel époux.
Malgré un récit fort, des costumes époustouflants et un dénouement à couper le souffle, on ne peut s’empêcher de noter l’amateurisme de la production. Sans qu’on puisse s’expliquer ce choix douteux, la majorité des scènes sont filmées à l’épaule et le sautillement de la caméra agace autant qu’il étourdit. Pourquoi avoir conservés ces innombrables plans flous, ces scènes surexposées et surtout ces impardonnables plans larges où l’on distingue très clairement le village moderne d’Igloolik à l’arrière-plan ? Lamentable.
Si le style « guérilla » de Norman Cohn transparaît dans cette production, on sent aussi les influences des films ethnographique qui ont longtemps été les seuls témoignages « esquimaux » enregistrés sur bobine. Malheureusement cette esthétique faussement documentaire ressemble vite à du travail bâclé. S’il faut être un peu versé dans la photographie pour apprécier un film bien cadré, pas besoin d’y connaître grand chose pour constater qu’un cinéaste a raté son coup.
Si vous ne craignez pas les mouvements de caméra brusques et avez seulement envie de vous faire raconter une belle histoire triste, The journals est pour vous. Vous devrez cependant être patient et attendre la sortie en DVD. Après tout juste une semaine à l’affiche du cinéma Capitol de Yellowknife, le seul film tourné dans le Nord par des artisans d’ici qui nous sera présenté avant longtemps a été dûment remplacé par Santa Clause 3 qui relate l’histoire d’un habitant du Pôle nord plus glamour que les derniers shamans…