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le Vendredi 1 septembre 2006 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Culture

Ses yeux mécaniques interrogent la machine

Ses yeux mécaniques interrogent la machine
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Bonne nouvelle! Les audiences publiques sur le Projet gazier du Mackenzie ne nous amènent pas que des écologistes professionnels d’Ottawa et des économistes en parka Esso; elles attirent également les artistes. C’est en tout cas la raison qui a poussé le cinéaste Dan Gainsford à faire un détour par Yellowknife, la semaine dernière.

Gainsford tourne présentement son premier long-métrage, Searching for Dragons, un projet artistique qui pose la question de la place de l’énergie dans une société qu’il estime de plus en plus dénuée de valeur. Et il n’y a pas que ses caméras qui tournent dans ce projet. Le moteur et les roues de sa fourgonnette aussi font plusieurs révolutions, puisque le tournage se déroule dans le contexte d’un voyage qui doit le mener d’Uluhaktok (Holman), sur l’île Victoria, jusqu’au canal de Panama, en Amérique centrale.

« Au départ, j’avais planifié que le tournage durerait un an, mais j’ai commencé il y a cinq mois et je suis encore ici », raconte Gainsford rencontré dans un vieil autobus scolaire remisé dans le Woodyard de Yellowknife. « C’est pas grave. Je pense que c’est une bonne chose de ralentir », poursuit celui qui ne pensait pas rester plus d’une journée à Yellowknife et qui y était encore, cinq jours plus tard.

Jusqu’à présent le périple qu’il décrit lui-même comme « un pèlerinage » l’a mené à Uluhaktok et à Yellowknife, bien sûr, mais aussi à Fort Simpson, à Wrigley et au Yukon. La petite capitale des Territoires du Nord-Ouest est la plus grosse communauté où il s’est arrêté jusqu’à présent, et, précise-t-il, « je suis surtout venu pour prendre de l’audio aux audiences publiques, pas pour filmer. »

« Je ne veux pas tourner dans les villes. La première ville que je vais capturer sera Los Angeles. »

La question de l’énergie le préoccupe spécialement. « Je veux explorer le thème de l’énergie autant en tant que carburant, qu’en tant que notion de physique quantique ou de spiritualité », explique celui qui, au moment d’écrire ses lignes, doit être en route vers les chantiers d’extraction des sables bitumineux albertains. « Je suis préoccupé par l’idée que nous nous dirigeons vers un immense crash énergétique. »

Sur son blog (www.windpathfilms.com) il écrit d’ailleurs à propos de son expérience aux audiences publiques du gazoduc : « Pourquoi faut-il pomper le gaz naturel des TNO, l’envoyer des centaines de kilomètres plus loin dans un tuyau de 7 milliards $ pour ensuite s’en servir pour développer encore davantage les sables bitumineux qui augmente substantiellement les émissions de gaz à effet de serre du Canada ? Tant qu’à moi, la réponse est a) parce que notre monde arrive au bout des réserves de carburant et b) parce que le Canada et les États-Unis vont faire un gros paquet d’argent avec ce projet vu que, on ne semble pas être sur le point de conduire moins bientôt. »

Mais son film, se défend-t-il, n’est pas un projet de documentaire traditionnel sur la fin du pétrole comme il s’en tourne des dizaines chaque année. « Ce n’est pas un documentaire avec des personnages parlant cadrés à la hauteur des épaules, dit-il. C’est plus comme du travail de galerie d’art, mais qui se présente sous la forme d’un film. »

S’il se dit « certainement influencé » par le travail de Godfrey Reggio (Koyaaniqatsi) et de Ron Fricke (Baraka), il ne cherche pas pour autant à imiter ce genre d’opéra visuel.

« Dans la demande que j’ai envoyée au Conseil des arts du Canada, j’ai écrit que l’esthétique du film ‘’ressemblera à ce rêve que vous avez fait la nuit dernière’’. C’est vraiment ça que je veux faire : créer un univers flou et insaisissable, onirique », lance Gainsford qui avoue ne pas être en mesure de prédire précisément à quoi ressemblera son produit fini.

« J’avance au feeling. »