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le Vendredi 10 mars 2006 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Culture

Aux vues Quelque chose d’animal

Aux vues Quelque chose d’animal
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Michel Pageau est un trappeur défroqué, converti aux soins à domicile pour la faune boréale.

« Depuis toujours », comme dit sa blonde Louise, il opère un refuge pour animaux sauvages blessés et dénaturés. C’est lui qui tient la vedette de la vidéo Il parle avec les loups de Carlos Ferrand.

Documentaire simple, à la facture cheap comme ils savent les faire à l’ONF, le film pénètre furtivement l’univers de cet original d’Abitibi libre et bedonnant.

Dans son refuge, Michel en a de toutes les sortes : des marmottes, des canards, des ours, des chevreuils, des castors, des harfangs des neiges et, bin oui, des loups. Sa vie et celle de Louise consistent à les recueillir, à les guérir, à les libérer et à les aimer.

Les images sont féeriques. Le bonhomme a des airs de Père Noël, il nourrit les bébés orignaux au biberon. La bonne femme, qui avec un peu de maquillage pourrait faire des annonces de médecine naturelle, flatte le nez d’un bébé castor. À plusieurs reprises, on montre des remises en liberté d’oiseaux. Photogénique.

Comme on peut l’imaginer, ce n’est pas en complétant un test de choix de carrière que Michel a abouti au milieu des bêtes. Spécialiste autodidacte du comportement animal, on le voit, patient, initiant son petit-fils à la vie sauvage. Dans ses gros doigts calleux qui tendent un bout de bois à l’enfant, on lit une jeunesse fougueuse. On ne s’étonne pas de le revoir dans des images d’archives relevant ses pièges, casque de raton-laveur sur la tête.

C’est un bonheur que d’écouter son parler heureux d’homme de bois. Chauffant le poêle de sa cabane, il se confit tout naturellement. Il explique presque innocemment des choses que les gens éduqués ont encore bien du mal à comprendre. Comment les saisons changent. Comment les forêts disparaissent. Comment les voitures tuent. « T’sais moi, j’en ai vues des choses. »

Dans ce témoignage poignant, on retrouve ce que beaucoup d’entre nous sommes venus chercher, ici, au bout du monde : une manière de vivre respectueuse, harmonieuse, sincère et sans voisins. Au timbre doux du rire de Michel, on a surtout envie de retourner, nous aussi, dans nos cabanes loin des projecteurs de cinéma.

C’est qu’il y a quelque chose de surhumain dans ce monde que perce pour nous Ferrand. Dans tous ces contacts affectifs avec les bêtes farouches, on découvre une facette de l’être qui va au-delà de l’homme, cette part enfouie de nous-mêmes qui souhaite plus que tout fouler l’herbe nue.

C’est un film d’une grande humanité, dirait-on machinalement. Pourtant non. C’est un film d’une grande bestialité, et c’est plus beau comme ça. Il parle avec les loups sera projeté, le mercredi 22 mars, à 19h, à l’école Allain St-Cyr, dans le cadre de la semaine de la francophonie. C’est gratuit.