le Samedi 14 février 2026
le Vendredi 10 mars 2006 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Environnement

Chasse aux caribous Le plan Miltenberger rejeté par la Nation dénée

Chasse aux caribous Le plan Miltenberger rejeté par la Nation dénée
00:00 00:00

La Nation dénée n’a pas envie de se faire dire comment chasser par le ministre de l’Environnement.

Le 2 mars, l’organisation qui regroupe les Premières nations Deh Cho, Sahtu, Gwich’in, Akaitcho et Tlicho, a fait une sortie contre la Stratégie de gestion des caribous de la toundra, présentée il y a trois semaines par le ministre de l’Environnement, Michael Miltenberger.

Ce plan de conservation quinquennal prévoit une série de politiques et de mesures sensées freiner le déclin vertigineux des troupeaux de caribous, observés un peu partout dans le territoire. Entre autres mesures, le plan fixe la limite de prises à deux par chasseur non autochtone par année, et interdit, aux chasseurs non autochtones toujours, d’abattre des femelles. De plus petits quotas pour les pourvoyeurs sont également prévus. La Stratégie ne désigne pas de limite de prises pour les Autochtones, mais suggère aux organisations locales de chasseurs de fixer eux-mêmes des limites « volontaires ».

Ce ne sont pas les politiques qui incitent l’organisation autochtone à rejeter le plan Miltenberger, mais bien l’absence de consultation. « Ce n’est pas notre stratégie, nous n’avons pas été consultés, pourquoi devrions-nous l’accepter? », demande la chef de la nation dénée, Noeline Villebrun.

« Nous n’avons pas participé à l’élaboration de ces documents et, par conséquent, nous les considérons nuls et sans valeur. Ce n’est pas notre Stratégie, répète Villebrun, c’est la stratégie du gouvernement. Pour que nous puissions reconnaître une telle stratégie, il faudrait que nous soyons dûment consultés. »

Il faut noter que pour l’élaboration de la Stratégie, les représentants du ministère de l’Environnement ont tenu plusieurs ateliers avec les différentes organisations de chasseurs et de gestion de la faune des TNO, notamment les organismes liés aux différentes bandes autochtones. Ces groupes n’ont pas cependant contribué à la rédaction du document.

La Nation dénée n’est pas la seule organisation autochtone des TNO à bouder le plan du ministère de l’Environnement. Le président des Métis de Fort Smith, Ken Hudson, a également signifié son désaccord avec la Stratégie.

« Ce dossier aura un impact sur tous les groupes autochtones des Territoires du Nord-Ouest qui dépendent du caribou pour la chasse traditionnelle, dit-il. Les ateliers qui ont été tenus n’étaient que des rencontres d’information et ne constituent pas, à notre avis, un véritable processus de consultation. Jusqu’à ce que nous nous soyons assis face à face avec les autres groupes autochtones et avec le gouvernement pour commenter et réviser la Stratégie, nous ne pouvons pas l’avaliser. » Selon Villebrun, en choisissant la ligne dure, la Nation dénée ne fait que suivre une politique établie par l’organisation depuis 1991. Cette année-là, la nation avait voté une motion de blâme contre le gouvernement des TNO pour avoir modifié sans consultation les quotas de chasse au caribou. Paradoxalement, à l’époque, la situation était inverse à celle d’aujourd’hui. Plutôt que d’abaisser les quotas de prise de cinq à deux, le gouvernement les élevait de deux à cinq.

« Depuis [1991], il y a eu beaucoup de développement dans les aires de migration des caribous, note la chef. Il faut tenir compte de l’impact des travaux de mise en valeur des ressources, de même que de l’augmentation sensible du trafic routier hivernal que provoque les mines de diamants. »

Selon les données fournies par le ministère de l’Environnement, chacune des huit hordes de caribous qu’on retrouve aux TNO, sauf une dont la population a été estimée pour la dernière fois en 1993, sont en déclin. Il ne resterait plus qu’environ 885 000 caribous aux TNO, contre plus ou moins 1 365 000 au milieu des années 1980.