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le Vendredi 10 février 2006 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Divers

Dérapage ou coup monté?

Dérapage ou coup monté?
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Le raz-de-marée qui s’est emparé des pays islamistes fait peur. Et on se demande vraiment comment il se fait que les gens ne soient pas davantage capables de se calmer. Je serais donc portée à croire, tout comme plusieurs le font, que des faiseurs de troubles et des empêcheurs de tourner en rond sont responsables de tout ça et s’acharnent à monter les foules. Et qu’il y aurait de grands chefs d’orchestre de tout ce grabuge, des chefs du genre Ben Laden et cie.

Mais commençons plutôt par le commencement. Que s’est-il passé qu’on monte aux barricades et qu’on brûle des ambassades et des consulats, qu’on boycotte les produits de certains pays, et qu’on menace de zigouiller les ressortissants de certains pays qui se présentent dans des pays musulmans?

Il s’est passé qu’en septembre dernier, un journal danois publiait des caricatures de Mahomet, prophète d’Allah, et qu’il s’agit là d’un sacrilège à la face des purs et durs islamistes qui disent qu’il ne faut pas représenter le prophète. On ne parle pas d’Allah, on parle de son prophète. Et qu’est-ce qu’elles disent ces caricatures. Vous les avez certainement vues à la télé ou sur le Web. On y voit un Mahomet avec un turban en forme de bombe, on le voit sans barbe, tout habillé de blanc (alors qu’il est normalement toujours représenté en noir et barbu), on le voit avec le visage formé d’une étoile et du croissant, symbole de l’islam. Je ne vais pas toutes vous les décrire, car si vous voulez les voir, c’est assez facile. Bref, c’est certain que le prophète n’y est pas présenté à son meilleur, mais il s’agit bien de caricatures et voilà que plusieurs mois après leur publication, en septembre dernier, la guerre est déclarée aux pays qui ont osé publier des photos, soit le Danemark, la Norvège et la France.

En France, le directeur du journal France Soir est congédié pour avoir laissé publier les photos. L’huile est jetée sur le feu, et l’escalade se produit. Aujourd’hui, dimanche, je n’ai pas encore jeté un oeil à la télé, mais je suis certaine que les choses se sont envenimées davantage et que vous aurez ce soir des images troublantes à regarder. J’en suis certaine.

On a tous vu les images de jeunes armés tirer des coups dans les airs pour témoigner de leur mécontentement face à ces caricatures. Il faudrait peut-être qu’on réalise que ce qui est en train de se passer, c’est une grande démonstration d’intolérance, probablement la plus énorme depuis des années. Il faudrait calmer les esprits d’entrée de jeu et il faudrait surtout que les hommes d’état de ces pays islamistes reprennent en main les rennes du pouvoir qui leur sont dévolus et qu’ils ramènent les choses à l’ordre. Mais je crois que les chefs de plusieurs de ces pays ont peur eux aussi de se faire zigouiller. Car les esprits sont maintenant échauffés. Et les deux camps s’affrontent : pour la liberté de religion ou pour la liberté d’expression. C’est souvent ainsi que le problème est posé, mais je crois que ça va encore plus loin. Je ne suis pas une spécialiste des comportements humains, mais je crois que ce qui se passe aujourd’hui est vraiment épeurant, car il témoigne de la haine profonde qui anime une partie de l’humanité, dans un camp comme dans l’autre. Et on voit poindre tous les ingrédients pouvant déclencher une grave conflit. On dirait bien qu’une guerre vient d’être déclarée. On retourne en arrière, à une époque où les religions menaient les guerres, bien qu’on a des preuves que ce genre de conflits existent toujours, même de nos jours.

Et les déclarations pleuvent. Les pays y vont de leurs déclarations les uns après les autres. Notre Bush de voisin a déclaré être contre les caricatures, car elles heurtent le sentiment religieux des islamistes. Si M. Bush est si fin, qu’il commence plutôt par se retirer d’Irak et qu’il laisse donc les Irakiens s’organiser eux-mêmes. Qu’il s’occupe donc de son propre pays où la grogne est en train de s’installer et où les États-Uniens n’attendent plus qu’une seule chose : un nouveau président.

Certaines choses peuvent être choquantes, comme l’ont été ces caricatures pour les islamistes, mais de là à menacer de tuer des gens, de brûler des ambassades, de tirer des coups de feu, d’afficher un comportement guerrier, il y a une limite. Il faut absolument que le calme revienne. Et si des excuses doivent être faites, qu’elles le soient, car pour l’instant, ce qu’il faut avant tout, c’est calmer la montée aux barricades. Si une partie de l’humanité a été offensée, il ne faudrait pas que l’autre partie se renferme dans un entêtement qui ne fera qu’envenimer les choses et jeter de l’huile sur le feu, ce qui risquerait d’entraîner un conflit qui dépasserait les prédictions les plus pessimistes.

Et je ne saurais terminer sans encore une fois citer Malraux qui disait que le XXIe siècle serait religieux on ne serait pas. Je crois qu’on en a présentement une preuve flagrante.

Je vous souhaite tout de même une bonne semaine, et j’espère que les choses vont rentrer dans l’ordre.