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le Vendredi 2 septembre 2005 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Divers

Le Guatemala rencontre Amqui… à Banff

Le Guatemala rencontre Amqui… à Banff
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Il y a deux semaines, je vous ai raconté comment ma rencontre avec un jeune Québécois-Guatémaltèque avait fait remonter des souvenirs du Guatemala. Cette rencontre n’a pas fait que remonter des souvenirs du Guatémala, mais également d’Amqui, dans la vallée de la Matapédia,, car le jeune en question a été adopté par des parents qui viennent d’Amqui. Et moi, Amqui, j’ai un souvenir impérissable de cet endroit. car un jour, il y a de ça bien des années, je me suis retrouvée captive dans cette petite ville, prisonnière d’une tempête de neige.

Nous avions à cette époque des amis qui s’étaient acheté une maison dans un rang, près d’Amqui. Donc, ces amis nous avaient invitées, mon amie Hélène et moi, à venir les visiter. Un beau matin, nous sommes donc parties de Québec, bien excitées d’aller visiter nos amis. Nous avons décidé de prendre le train qui devait nous arrêter à la charmante petite gare d’Amqui.

Je ne peux pas vous dire le temps que ça pris, car ce souvenir remonte trop loin, mais disons qu’il s’agissait d’un voyage assez long qui s’est prolongé encore plus en raison d’une tempête de neige. Le train avançait donc poussivement en raison de la tempête qui créait des vagues sur la voie ferrée. C’est donc avec plusieurs heures de retard que nous sommes arrivées à destination (ou presque), Amqui. Mais là, la tempête avait pris de l’ampleur. Le vent soufflait très fort et la neige tombait tellement fort qu’on n’y voyait pas à 1 mètre devant soi. On appelle nos amis, dans leur rang. Impossible de venir nous chercher. On leur dit qu’on va s’informer si on ne pourrait pas se rendre autrement. On traverse donc à l’hôtel local, en face de la gare. Impossible de se rendre, il fait trop mauvais. On décide donc de se louer une chambre jusqu’au lendemain matin, car le voyage nous a épuisées, et le sommeil commence à se faire sentir. Après avoir mangé et avoir pris quelques verres à l’hôtel local, et bavardé avec quelques clients de la place, on décide d’aller dormir jusqu’au lendemain. On verra alors.

Le lendemain, la tempête est toujours bien vivante. Quelqu’un vient nous voir, dans le lobby, et nous suggère de nous rendre avec le gars qui gratte le chemin. On nous donne son numéro de téléphone, on l’appelle, et après quelque hésitation, il décide de nous prendre à bord du gros camion. Donc, quelques minutes plus tard, on embarque et lentement, en dégageant le chemin, on se dirige dans le rang où habitent nos amis. Tout est blanc. On est seuls sur la route. On ne croise pas une seule voiture, et ça se comprend, car à peine a-t-on passé avec la gratte que le chemin se rebouche derrière nous. De peine et de misère, on réussit à se rendre jusque chez nos amis. Et du chemin à la maison qui est très long, on réussit à peine à se frayer un chemin, calant dans la neige jusqu’aux genoux. Nos amis viennent à notre rencontre pour nous donner un coup de main, pendant que notre chauffeur privé poursuit son travail de déblayage quasiment inutile en raison du vent.

Jamais je n’ai apprécié à ce point la chaleur d’un poêle à bois que cette fois-là. Jamais je ne me suis sentie autant soulagée que lorsque la porte s’est refermée derrière nous. Nous étions rendues, saines et sauves. Plus de danger. Nous pouvions enfin relaxer, et nous foutre de la tempête qui rageait à vouloir arracher la toiture (pourvu qu’elle tienne!).

Et croyez-le nous non, la tempête a duré toute cette journée-là, et encore le lendemain. Nous étions donc prisonniers de la maison, mais sans crainte et sans danger. Nous avions de la bouffe, du bois pour chauffer le poêle, et nous étions bien en sécurité à la chaleur. Nous avons donc tout simplement profité de ce moment d’arrêt que la vie nous imposait. Nous avons joué aux cartes, lu, cuisiné, chanté, dormi. Rares sont ces moments où on prend tout simplement le temps de vivre, poignés dans un rang à Amqui, prisonniers d’une tempête de neige.

Ce n’est que deux jours plus tard que nous avons réussi à aller à l’épicerie faire le plein de vivres qui commençaient à manquer… et les chemins commençaient à peine à refaire surface.

Ce fut un voyage mémorable! Quand j’entends qu’il y a des tempêtes dans la vallée de la Matépédia, je comprends la gravité de la chose, et des images de gratte et de chemins bouchés et de gare ferroviaire se déroulent dans ma tête. Et ce sont de bons souvenirs! Et tous ces souvenirs ont été déclenché par ce jeune homme rencontré à Banff, en quelques minutes, et qui ne s’est jamais douté de tout ce qu’il m’avait fait revivre. Et ce sont tellement de beaux souvenirs, que ça aussi, j’ai décidé de le partager avec vous. Et ça m’a permis de revivre de belles émotions. Je vous laisse aux vôtres, vos souvenirs de tempête de neige, que j’ai sûrement dû déclencher chez vous. Ici, c’est tellement rare, les tempêtes de neige. Je m’ennuie de ça.

Et pour terminer, oui, j’aurais pu parler de niveleuse au lieu de parler de gratte, mais mon histoire n’aurait pas eu autant de punch… à mon sens. Là-dessus, je vous souhaite une bonne fin d’été, si on peut appeler ça ainsi.