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le Vendredi 17 juin 2005 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Culture

La culture inca vivra

La culture inca vivra
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De passage il y a deux semaine dans le pays déné, l’anthropologue péruvien Juan Carlos Machicado a présenté la riche culture inca aux communautés de Yellowknife, Hay River et Fort Smith.

Comme c’est le cas pour plusieurs groupes autochtones d’Amérique, l’histoire et la culture de la civilisation inca a été écrite par les Blancs. Machicado, lui-même descendant inca, regrette de ne pas avoir pu être en contact avec la culture de son peuple dès l’enfance. « À l’école, on nous enseignait que la civilisation avait été apportée au Pérou par les Espagnols et que c’était bon pour nous », raconte-t-il

Selon l’anthropologue, l’incompréhension des Espagnols de la spiritualité des Incas est à l’origine de nombreux mythes qui perdurent encore aujourd’hui. « Nous ne sommes pas des adorateurs du Soleil », tonne-t-il. D’après lui, c’est une image du dieu unique des Incas, le pittoresque Aboucontitieliatercicaïaviracochapachaachacherunacana (!), représenté par un disque doré, qui serait à l’origine de la méprise. « Depuis ce temps, on parle de Temple du Soleil, de dieu Soleil, d’offrandes au Soleil et toutes ces sornettes », déplore-t-il.

Avant l’arrivée des Espagnols, les Incas avaient également mis en place des universités dont certaines étaient réservées aux femmes. Là encore, le choc des civilisations a été plus fort que la volonté de comprendre. « Les Espagnols ne pouvaient pas comprendre que les femmes reçoivent une éducation spécialisée, explique Machicado. Alors ils ont supposé que les universités étaient des harems. Puis les prêtres catholiques ont déclaré que c’était des temples et les étudiantes, des religieuses. »

C’est dans ce contexte que l’Église catholique, de concert avec la monarchie Espagnole, entreprendra des campagnes d’assimilation massive des Incas. Les techniques employées par les conquérants rappellent étrangement les sévices commis dans les pensionnats autochtones du Canada, jusque dans les années 1970. « Les enfants étaient kidnappés. Ils recevaient une éducation catholique en espagnol et étaient battus quand ils pratiquaient leurs rites ou parlaient leur langue. »

Ce n’est qu’après s’être entretenu avec des aînés et des shamans vivant dans des communautés Incas éloignées, fondées par des Incas s’étant échappés des réserves aux début du régime colonial, que Machicado a renoué avec la spiritualité de ses ancêtres. « Je me suis rendu compte que bien des choses qu’on nous enseignait étaient fausses », dit-il.

Encore aujourd’hui, la majorité des Incas sont de confession catholique et ont l’espagnol comme première langue. Mais Juan Carlos Machicado, ainsi qu’un nombre grandissant d’Incas ayant reçu une éducation post-secondaire, tentent de faire revivre la culture du peuple qui a érigé Machu Pichu. « Le renouveau de la culture inca passe par l’éducation, insiste-t-il. Nous faisons pression pour que l’enseignement de la culture et de la spiritualité inca soit intégré au programme scolaire péruvien. »

Des pressions sont également faites pour que le quetchua, la langue des Incas, soit elle aussi enseignée à la petite école. « Pour l’instant, la langue ne se transmet qu’à la maison et nous avons un taux d’assimilation élevé. »

Machicado estime que l’expérience de son peuple pourrait inspirer d’autres groupes autochtones également déracinés et décimés par les conquérants européens. « Nous devons nous affirmer », tranche-t-il.

Initiative

La visite de Juan Carlos aux TNO était la première activité d’un nouveau projet piloté par la Native Communication Society, propriétaires de la station de radio communautaire autochtone CKLB. L’Initiative globale pour l’alphabétisation autochtone vise à mettre les gens du Nord en contact avec des membres de communautés autochtones du monde entier, qui militent pour la revitalisation de leur culture.

Les prochains conférenciers n’ont pas encore été choisis et les dates restent à déterminer. Mais le projet se poursuivra néanmoins.

« Cette tournée de conférences avec Juan Carlos, c’était un peu un pilote, explique le directeur général du programme, Dane Gibson. Nous sommes content de l’enthousiasme des gens que nous avons rencontré. Nous pouvons d’ores et déjà annoncer que d’autres conférences auront lieu. »

En 2005, au moins deux autres tournées du même genre sont à prévoir.