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le Vendredi 25 février 2005 0:00 | mis à jour le 20 mars 2025 10:36 Divers

Carmen s’emmène

Carmen s’emmène
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Si, comme l’auteur de ce texte, vous peuplez la franco-faune humaine qui fréquente la maison Laurent-Leroux, vous aurez remarqué qu’il y a du neuf dans le repaire des Francos de Yellowknife.

Le bureau situé tout au fond du local de l’Association franco-culturelle de Yellowknife (AFCY) n’est plus vide. Carmen Moral-Suarez a été embauchée à titre de directrice de l’AFCY il y a presque un mois maintenant. .

C’est la possibilité de pouvoir faire du travail pour le milieu communautaire tout en gagnant sa vie qui l’a menée de Montréal au pays des aurores boréales. « Lorsque j’ai vu l’offre de Yellowknife ça m’a semblé intéressant parce que, justement, ça rejoint différents centre d’intérêts que j’ai : à la fois le communautaire, le culturel et la découverte de ce pays dont je ne connais qu’une petite partie », dit celle qui a passé 24 ans au Québec où elle dit avoir gagné sa vie dans le privé, mais avoir toujours travaillé dans le communautaire. .

Grandie en France d’un père Espagnol et d’une mère Française, Carmen porte les enjeux de la dualité linguistique dans sa chaire. « Mon rapport à l’espagnol, c’est un rapport de cœur. C’est une langue qui, pour moi, est la langue de la tendresse, de la musique. Le français c’est une langue de tête. C’est la langue dans laquelle je développe des concepts, c’est dans cette langue que je suis le plus à même d’exprimer des idées. C’est aussi la langue avec laquelle je joue le plus. J’ai beaucoup de plaisir, comme dit Jean Ferrat, à la twister. J’ai un rapport ludique avec la langue française », Confie celle qui a commencé à prendre des cours de dogrib dès son arrivée aux TNO. .

Yellowknife est sa première expérience de français en milieu minoritaire et cette réalité d’un français assiégé la charme, en quelque sorte « Cette langue, que je porte en moi et qui me semble si naturel de l’utiliser partout, vivre l’expérience de la sentir parfois brimée piquait ma curiosité. ».

« C’est une problématique que je trouve intéressante, poursuit-elle. Tout ce qui englobe les causes des minorités m’intéresse. » Cet intérêt, elle l’a saisi à bras le corps. Qui croirait que derrière la femme qui presse le pas sur la cinquantième avenue les soirs de Ciné-club, se cache une militante pour les droits des réfugiés qui a été à l’origine du Réseau d’action pour la de défense et l’appui des réfugiés (RADAR) ? .

« J’avais milité dans le Comité de défense des droits humains au Mexique. Les Mexicains, à l’époque [dans les années 1990], avaient beaucoup de problèmes depuis le soulèvement au Chiapas. Et ce que nous remarquions – en tous cas, c’était notre lecture – c’est qu’à cause de l’ALENA, qui faisait du Mexique un partenaire privilégié du Canada, beaucoup des demandes d’asile étaient déboutées […] Accepter un grand nombre de réfugiés politiques en provenance du Mexique, c’était pour notre gouvernement admettre que leur partenaire était coupable d’abus », raconte-t-elle, passionnée. .

Asso.

Quant à son rôle au sein de l’AFCY, Carmen Moral-Suarez estime qu’elle devra d’abord se concentrer à redresser les « problèmes d’administration » de l’association tout en dynamisant la vie culturelle en français dans la capitale. .

Elle ne souhaite pas imposer ses idées sans d’abord connaître plus à fond la communauté franco-yellowknifienne, même si en expliquant cela elle glisse dans la conversation l’idée d’un projet de soirée de poésie… « Je crois que ce qui est essentiel pour moi, c’est de faire connaissance avec le milieu, dit-elle. Parce que, d’après moi, mes idées ne toucheront pas leur cible si je ne connais pas ma cible. ».

C’est justement pour mieux connaître sa nouvelle communauté que Carmen tente présentement de monter un projet de 5 à 7 francophones tous les jeudis qui pourrait débuter dès le mois de mars. « Ça peut sembler une activité simple, un peu bêbête. Mais, effectivement, je recherchais quelque chose de simple et qui permette de rencontrer les membres, et les non-membres, de la communauté. Je veux faire quelque chose qui soit non structuré. Une activité où les gens n’auront pas à se sentir coupables de ne pas y aller une semaine parce qu’ils sauront qu’il y aura un autre 5 à 7 la semaine suivante. ».

Des 5 à 7 tous les jeudis ? C’est le coordonnateur du Comité de coordination jeunesse qui va regretter d’avoir choisi cette case-horaire pour son émission de radio ! .