Bon, parlons passions. Pas nécessairement des passions torrides comme Belle du Seigneur* nous en a livré, mais passions, comme musique, lecture, écriture, macramé, tricot, ballet, danse moderne, danse sociale, céramique, collection de timbres, ski, patinage de vitesse, patinage de fantaisie, saut en parachute, plongée sous-marine, etc. Je pourrais prolonger la liste de façon infinie, mais ce ne serait pas très utile et surtout, ça ne nous emmènerait pas bien loin.
J’ai toujours été ébahie, éberluée, pour ne pas dire interloquée par les gens qui ont une passion vraiment bien installée chez eux. Une passion du genre de celles que je viens de nommer. J’ai toujours envié ça un peu, je dois vous avouer, car moi, je n’ai pas une passion, j’en ai des dizaines, et ça, c’est pas bon. Pour qu’une passion soit vraiment une passion, il faut n’en avoir qu’une seule, pas des dizaines comme moi. Ainsi, très jeune, j’ai été passionnée de sports : natation, ski alpin, basket-ball, tennis, bicyclette. J’adorais tous ces sports à hauteur égale. Pas de préférence pour un ou pour l’autre. Et à bien y penser, oui. J’ai eu une passion absolument délirante pour la bicyclette, quand j’ai compris comment ça marchait. J’étais obsédée par ça. Je me couchais le soir pour en rêver et je me réveillais le matin pour monter sur ma bicyclette. Quel bonheur, la première fois que je me suis rendue compte que je pouvais avancer toute seule. Cette passion a duré et duré, jusqu’à ce que je me rende compte que non seulement je pouvais nager, mais que je pouvais plonger, garder mon souffle sous l’eau, etc. Là, la bicyclette est passée en second et la natation a pris toute la place. Je passais mes journées dans l’eau, quand je pouvais. Je ressortais de la piscine ou du lac toute ratatinée, plissée d’avoir été trop longtemps dans l’eau, mais peu importait. J’étais heureuse, comblée par ma passion… passagère encore une fois. Et puis ensuite, j’ai été absolument obnubilée par le patin. Des journées entières sur la patinoire, à me renverser les patins. Le bonheur total! Et ensuite, ce fut le ski. Que dire de ces descentes sur des planches de pistes qui n’en n’étaient pas, jusqu’à ne plus sentir mes pieds tellement ils étaient gelés. Et les longs craquements de la rivière, quand je revenais chez moi, congelée, mais heureuse d’avoir pu pratiquer ma passion tout l’après-midi. Et mes passions ont succédé à mes passions. La passion du petit point, du point de croix, des points de toutes sortes, de la broderie anglaise, française, allemande, suisse, roumaine, etc. Tous les genres de broderies y ont passé. Et la passion pour le billard. Alors là, je croyais bien que ça y’était. Tous les livres sur le sujets y ont passé. Et la pratique : comment tenir la baguette, enligner les boules, etc. Des centaines d’heures de pratique et de théorie. Et la passion de la cuisine. Encore une fois, bien des livres sur tout ce que la cuisine peut offrir et surtout, ce que le monde peut offrir : cuisine québécoise, française, italienne, mexicaine, thaïlandaise, chinoise, indonésienne, indienne, épicée, sans gras, etc. Et puis, il y a eu la passion des voitures. Là, c’est certain que la passion s’est résumée aux livres, ne pouvant pas assouvir cette passion jusqu’à l’achat, question fric. Et il y a eu les cours de mécanique. Bref, comme vous pouvez le constater, ce ne sont pas les passions qui ont manqué dans ma vie, et je ne parlerai pas des passions amoureuses, car je risquerais de vous choquer, ce qui n’est pas mon but (je plaisante à peine).
Mais ce qui m’a toujours manqué, dans ma quête de passion, c’est une passion, une seule qui comble tout une vie, comme certaines personnes ont la chance d’en vivre. Ainsi, je connais des gens qui toute leur vie, n’ont vécu que pour leur seule passion. Souvent, cette passion est un Art, avec un grand A, cela va de soi. J’aurais adoré avoir ce genre de passion. Je crois même encore que cela peut m’arriver. Qu’un bon matin, je vais me lever et vlan, je vais avoir la révélation de ma passion, et cela va durer jusqu’à la fin de mes jours. Mais non, je suis bien trop réaliste pour croire cela. Je sais pertinemment que je ne suis pas vouée à une seule passion, que je dois me résoudre à vivre des centaines de passions passagères, qui me comblent un court instant, et qui deviennent bien vite remplacées par d’autres. Je sais, je ne suis pas toute seule à vivre ça. On est des milliers, pour ne pas dire des millions à ne pas avoir connu une grande passion dans notre vie. C’est le sort de la majorité, et j’en fais partie.
Je vous souhaite tout de même de trouver la vôtre, de passion, car qui sait, peut-être en avez-vous une que vous n’avez pas encore découverte? Cherchez bien dans votre for intérieur. Vous aurez peut-être plus de veine que moi! Je vous le souhaite, bien que de passer d’une passion à l’autre à un certain intérêt que je vous laisse à découvrir. Là-dessus, bonne recherche de passion. Pour ma part, je pars sur-le-champ m’adonner à ma nouvelle passion du moment, l’observation des éléphants. Il vient justement d’en passer un troupeau pas loin. J’y cours.
genevharvey@yahoo.com
* Livre d’albert Cohen