Les enfants victimes d’abus sexuel sont de plus en plus nombreux et les spécialistes ont besoin de coordination.
Les enfants sont coincés dans une autre fissure du système de santé. Il n’y a pas d’équipe de thérapeutes en place pour soutenir les victimes d’agressions sexuelles. Avec l’augmentation du nombre de cas rapportés, les services d’intervention et de protection de l’enfance doivent travailler de concert pour colmater les brèches. Le gouvernement, de son côté, propose un plan d’action. Ils se sont retrouvés, le 6 novembre dernier, à Yellowknife, pour un atelier de travail sur les agressions sexuelles.
« Tout le monde parle de la même chose, explique la pédiatre Marie-Claude LeBeau, c’est-à-dire reconnaître les cas d’abus sexuels mais aussi les services pour les enfants une fois qu’on a reconnu les cas. Je pense que ça, ça n’existe pas tellement. » Ce constat a également été soulevé par le médecin hygiéniste en chef des T.N.-O., André Corriveau, qui mentionne qu’une meilleure définition des rôles entre les intervenants et la police est prioritaire.
La situation, selon le gouvernement, devient pressante. « L’incidence, quand vous consultez les statistiques, démontre clairement qu’il y a urgence », a déclaré le directeur du bureau des Services communautaires intégrés, du ministère de la Santé et des Services sociaux, Dana Heide.
Selon ces statistiques du ministère, 195 cas d’abus sexuel ont été rapportés au service de protection de l’enfant entre 2000 et 2001. Le taux d’abus sexuel aux T.N.-O. est de 4,6 fois plus élevé que le taux national.
Le problème, qui est multiple, s’attaque au suivi des cas rapportés. Tous les services sont en place pour reconnaître les cas d’abus sexuels, mais, selon la pédiatre, le suivi n’est pas assuré par le service de protection de l’enfant. « À Yellowknife, si un enfant a besoin de psychothérapie ou d’orientation, il n’y a pas beaucoup de services. Aux T.N.-O., c’est une déficience. Reconnaître qu’un enfant a été abusé sexuellement et ne pas faire de thérapie, je trouve ça bête. »
Parallèlement, les intervenants ne savent pas où commence leur mandat et où il s’arrête. Parfois, l’enfant peut se faire questionner plusieurs fois par différents spécialistes, ce qui multiplie les risques de témoignage biaisé. En bout de ligne, la défense peut utiliser ces contradictions en Cour et pénaliser l’enfant. Normalement, l’enfant ne devrait subir l’entrevue qu’à une seule reprise, sur bande vidéo, sous la supervision des forces policières et du ministère de la Santé et des Services sociaux.
Inévitablement, le manque de personnel dans le système de santé affecte les services offerts aux victimes. Pour la pédiatre Marie-Claude LeBeau, le recrutement est la clef de la solution. « On manque de psychothérapeutes. Ce n’est pas que la qualité ne soit pas bonne, mais on n’a pas assez de gens. »
Le gouvernement s’est engagé à mettre sur pied un plan d’action pour dénouer l’impasse. « Ce n’est pas seulement une question d’embaucher plus d’infirmières ou de travailleurs sociaux », indique le directeur Dana Heide. « Il faut développer un bon protocole qui définit comment nous pouvons travailler ensemble, afin de soutenir les victimes. »
L’arrivée prochaine d’un autre document signé par le ministère de la Santé et des Services sociaux ne fait pas nécessairement bondir de joie les travailleurs de première ligne. « Quand j’entends ça, ça me fait toujours un petit peu peur, a déclaré la pédiatre. On peut faire des plans d’action, c’est un début. Après ça, il faudra recruter. »
Le ministère reconnaît que certains services sont inexistants, mais mise avant tout sur une meilleure coordination des services en place. Plus de formation ne serait pas superflu. « Nous devons développer des compétences. Non pas seulement amener l’enfant en Cour, mais apporter le soutien nécessaire à la famille et à l’enfant une fois les cas divulgués. »
Le plan d’action visera, selon Dana Heide, à faire reconnaître l’ampleur du problème et à développer une bonne compréhension des rôles de chacun. Le ministère s’engage également à développer une relation de confiance entre les intervenants et les victimes.