Depuis le temps que j’écris dans le journal, je commence à avoir fait le tour de pas mal de sujets. C’est vrai que les gens vont et viennent, que la vie change, qu’on change en vieillissant, mais sur le fondamental, comme sur les ours, par exemple, les choses conservent une certaine stabilité. Quand j’étais jeune, très jeune, j’avais peur des ours (et il y en avait beaucoup, quand on allait dans le bois, au Nord du Lac Saint-Jean) et j’ai encore peur des ours. Pourtant, quand j’étais jeune, les histoires d’horreur dans les bois concernaient plutôt les loups que les ours. Que d’histoires n’ai-je entendues sur les gros méchants loups! Des enfants encerclés par une meute de loups affamés qui se jettent sur leurs petites proies et les dévorent en une seule bouchée, à la grande horreur des secouristes qui arrivent évidemment trop tard.
Mais je n’ai pas du tout envie de vous parler d’histoires de loups ni d’histoires d’ours. J’avais envie de me plaindre un peu de la vie en général, et de l’inspiration en particulier. Il est des semaines où l’inspiration me fait défaut, mais alors là, complètement défaut. « Tu n’as qu’à la fermer ou à attendre la semaine d’après », me diront avec raison les personnes les plus logiques. Ce n’est pas aussi simple que ça. L’écriture représente tout de même un beau défi à relever, pourvu que ce soit fait de façon régulière et surtout, pourvu que ce soit fait avec maestria. Je crois, avec le recul, m’acquitter assez bien de la première partie. Je n’ai à peu près jamais manqué mon rendez-vous d’écriture. J’ai diminué le rythme, d’accord, mais j’ai toujours respecté les délais et, sauf en de rares occasions, j’étais toujours là au rendez-vous. Par contre, pour ce qui est de la seconde moitié du contrat, ou du pacte, ou du rendez-vous, je ne suis pas certaine de l’avoir toujours parfaitement rempli. Bien sûr, je m’efforce non seulement de vous divertir avec mes propos souvent légers et anodins, à l’occasion sérieux et graves. Je me suis indignée, je me suis écriée, je me suis esclaffée; il m’est arrivé de pleurer, de dénoncer, de décrire. Aujourd’hui, la crainte de la page blanche me hante plus que jamais. En effet, comme les ardeurs se sont calmées, depuis un certain temps, comme les dossiers sont plutôt en attente, c’est le temps de reprendre mon souffle pour mieux me préparer à foncer dans le tas (si vous me passez l’expression) quand le moment sera venu. En effet, l’encre devrait recommencer à couler, au fil des mois et des semaines, à mesure que les événements recommenceront à se manifester. Pourtant, on le sait, il y a bien des choses qui s’en viennent : des bébés, des centres communautaires, de nouveaux employés, etc. Donc, en principe, avec l’arrivée de l’automne. les sujets inspirants devraient se présenter à nouveau et la page blanche, redevenir couverte de gribouillis visant à susciter une pensée, qu’elle soit profonde ou pas.
Je suis toujours assez fière de moi quand je réussis (cela ne m’est pas arrivé souvent que je me prête à l’exercice) à pondre une belle grande page pour dire que je n’ai rien à dire. Le peu de fois que c’est arrivé, j’ai toujours été bien contente de mon coup, car c’est déjà difficile d’écrire à propos de quelque chose, mais alors d’écrire à propos de rien, cela relève du tour de force. Je sais, vous allez me dire que mes propos étaient vraiment ennuyants, à dormir debout, je vous l’accorde. Mais en même temps, j’ai passé un bon moment, à creuser dans mon for intérieur pour brasser les idées et, pendant ce temps, comme par magie, j’ai oublié la température exécrable qu’il faisait dehors. Pendant un court instant, je me suis laissée prendre par le monde enchanté de l’inspiration qui, malgré son mal à se manifester, a encore une fois réussi à me convaincre de tenir bon. C’est ce que j’ai fait.
J’espère ne pas vous avoir trop ennuyé!
Peut-être aurais-je dû vous raconter des histoires de loups, après tout!